• Pourquoi le Rondeau ?

    Pourquoi le rondeau ? 

     

    On m'a souvent demandé : "pourquoi le rondeau ?" Cette question est en fait double, je crois. D'une part, pourquoi recourir à une forme fixe, technique, versifiée. D'autre part, pourquoi le rondeau particulièrement. 

    Pourquoi une forme fixe, technique, versifiée ? A un moment donné la technique n'apparait plus comme un obstacle, mais au contraire comme une nécessité pour l'expression. On ressent ce moment-là au fond de soi-même.

    Et je dirais : "et pourquoi pas ? le moderne qui se veut libre d'écrire sans forme, n'est-il pas également libre d'écrire avec forme ? qui peut dire, de nos jours, ce qui est libre ? en est-on rendu à ce point qu'on reproche au poète de faire des vers ?".

    Si je devais en dire un peu plus, mettre ses pas, patients, dans la marche de ses prédécesseurs est une expérience que je conseille à qui veut : gratuite et ouverte à tous, elle peut vous transformer. Car vous verrez qu'il n'est pas si facile que ça d'écrire en vers, d'écrire bien en vers (aussi bien que possible !). Le vers est ce réceptacle exigeant qui ne se laisse pas faire aisément : il creuse en vous des vérités que vous ne soupçonniez pas. A rebours des "modernes" (ou les dépassant, ou s'en abstrayant), le vers se moque de "ce que vous avez à dire", et plus encore de "vos idées". Le vers est ce partenaire calme, silencieux, mais aussi inflexible, et confiant de vous : il a son intégrité, et ne cède pas aisément à vos avances. Si vous savez y faire, il se mettra à chanter, et battre des mains. Si vous le brutalisez outre-mesure, il restera une chair morte, presque un encombrement. En conquérant le vers, cet effort formel va solliciter en vous des talents, des vertus (j'ose le mot), des énergies, des ressources, des mémoires inconnus de vous-même. Et déployer devant vos yeux des horizons tant intérieurs que littéraires tout à fait insoupçonnés de la prose, un peu comme lorsque parvenant au sommet d'une montagne vous voyez s'ouvrir à vos pieds l'autre versant des choses. Il n'y a pas vraiment de mots pour décrire cela. 

    Pour répondre à la seconde question -pourquoi le rondeau en particulier ?-, on pourrait y consacrer aussi des pages. Mais je préfère citer cette phrase de Théodore de Banville dans son Petit Traité de poésie française : je crois qu'il dit tout, et si bien. Le rondeau répond tant à mon caractère personnel qu'aux nécessités, je crois, de notre temps : 

    Boileau a décrit le rondeau avec la plus excessive, sinon la plus heureuse concision : "le rondeau, né gaulois, a la naïveté". Mais le Rondeau n'a pas que la naïveté. Il a encore a légèreté, la rapidité, la grâce, la caresse, l'ironie, et un vieux parfum de terroir fait pour charmer ceux qui aiment notre poésie (et en elle la patrie) à tous les âges qu'elle a traversée. 

     

     

    Joachim BRESSON